ACTUALITÉ - Guyancourt

19 octobre

SUD : le syndicat de tous les salariés

10 octobre

Appel d’offres : les salariés de Vestalia dans le noir

25 septembre

Tract du 25 septembre

18 septembre

Tract du 18 septembre 2018

12 septembre

Tract du 9 juillet 2018


20/06/18 - Tract du 19 juin 2018

13/06/18 - Mai 68 raconté par ceux qui l’ont vécu... (2)

12/06/18 - Un débat sur Mai 68 réussi

12/06/18 - Mai 68 raconté par ceux qui l’ont vécu... (1)

5/06/18 - Tract du 5 juin 2018

30/05/18 - Tract du 28 mai 2018

17/05/18 - Réunion/débat « Mai 1968 à Renault »

17/05/18 - Tract du 17 mai 2018

3/05/18 - Tract du 2 mai 2018

2/05/18 - Cadres exclus des NAO : suite… mais pas fin

17/04/18 - Tract du 17 avril 2018

9/04/18 - Tract du 9 avril 2018

27/03/18 - A Vestalia, des conditions de travail intolérables

20/03/18 - Tract du 20 mars 2018

8/03/18 - Tract du 8 mars 2018

20/02/18 - Tract du 20 février 2018

13/02/18 - Tract du 13 février 2018

8/02/18 - Neige et verglas : tous les salariés absents doivent être payés !

30/01/18 - Tract du 29 janvier 2018

12/01/18 - En 2018, on y va plein SUD !

8/01/18 - Déménagement de la Supply Chain à Vélizy

6/01/18 - RTT imposé le 28 septembre 2018 : signez la pétition !

14/11/17 - Tract du 14 novembre 2017

14/11/17 - Un RTT Collectif victime de la Ryder Cup

24/10/17 - Nouveau règlement intérieur : une atteinte à la liberté de pensée

19/10/17 - Tract du 19 octobre 2017

9/10/17 - Tract du 9 octobre 2017

29/09/17 - e-TCR : les points bloquants du nouvel environnement tertiaire

19/09/17 - Tract du 20 septembre 2017

11/09/17 - Tract du 11 septembre 2017

8/09/17 - Mardi 12 septembre, tou(te)s en grève et à la manif !

25/07/17 - La mort tragique d’un ingénieur du Technocentre Renault à Guyancourt

16/06/17 - Le show du roi carlos : pas t’ethique !

9/06/17 - Renault va enfin réparer son Technocentre, mais pas tout de suite…

6/06/17 - Cadres exclus des NAO

10/05/17 - Plein SUD

27/04/17 - 1er mai : le monde du travail doit se faire entendre

20/04/17 - Au menu : plein d’oseille au concentré de prestataires...

28/03/17 - Les bénéfices mettent le turbo, les salaires restent au garage

1/03/17 - Toujours plus d’externalisation avec le « workpackage Projet »

20/02/17 - NAO 2017 : l’illusion déprime

18/12/16 - Une délégation de Renault Bursa au Technocentre

12/12/16 - Tract du 12 décembre 2016

5/12/16 - Tract du 5 décembre 2016

29/11/16 - Tract du 29 novembre 2016

28/11/16 - Rassemblement mardi 29 novembre à 12h dans le hall de la Ruche !

24/11/16 - Tract du 24 novembre 2016

18/11/16 - Tract du 18 novembre 2016

3/11/16 - Tract du 3 novembre 2016

21/10/16 - Tract du 21 octobre 2016

13/10/16 - Accord compétitivité : 2nd round

4/10/16 - Un prestataire du Technocentre sur France Culture

4/10/16 - Tract du 4 octobre 2016

29/09/16 - Elections conseil d’administration : votez SUD !

8/09/16 - Tract du 8 septembre 2016

7/09/16 - Non à l’arrêt des subventions CE pour les retraités

28/08/16 - Appel à projeter « Merci patron ! » : le prestataire de Renault débouté par les prud’hommes

27/07/16 - Compte-rendu de la réunion DP du 5 juillet 2016 (Technocentre)

23/06/16 - Le 23 juin, on prend la Bastille !

14/06/16 - Le 14 juin : tous contre la loi Travail

13/06/16 - Rassemblement le 14 juin à 10h dans la Ruche : contre la loi Travail !

12/06/16 - Un prestataire du Technocentre porte plainte aux Prud’hommes

7/06/16 - Plein SUD n°1

31/05/16 - Délégués du Personnel : réunion du 24 mai 2016

27/05/16 - Retrait de la loi travail : on continue !

25/05/16 - Qui a parlé d’essouflement ?

8/04/16 - Un prestataire du Technocentre viré pour un mail


Mai 68 raconté par ceux qui l’ont vécu... (1)

Publié le 12 juin 2018 par sud tcr

Version imprimable de cet article


Petits souvenirs

Je suis entré chez Renault en 1966, au département 37 outillage dans l’île Seguin, comme ajusteur outilleur et syndiqué à la CGT après une période d’essai. Comme je suis tombé malade et qu’il a fallu que je fasse une conversion professionnelle, j’étais pendant les événements de mai 68, détaché du département 37 qui continuait de me payer, au bureau d’études, dans la section formation Renault. Tous les jeunes dessinateurs commençaient dans ce service pour apprendre les normes Renault et visiter les différentes usines de fabrication.

Je devais passer le CAP de dessinateur le 13 mai. Ce jour-là, il y avait grève générale. Je ne savais pas trop quoi faire, mais il était plus raisonnable pour la suite de mon travail au bureau d’études d’y aller. L’épreuve de CAP se tenait chez Citroën, quai de Javel. Nous étions deux du bureau d’études Renault, à passer le CAP. Arrivés quai de Javel, les portes étaient fermées et le gardien nous a dit que, vu les circonstances les épreuves étaient reportées ultérieurement. Nous sommes retournés à Billancourt et avons constaté que les bureaux étaient vide ou presque. Notre chef était là et nous a dit de nous mettre au travail. Puisque tout le monde était parti à la grève générale, je décidais de rentrer à la maison et de rejoindre la manif avec ma femme. Nous avons retrouvé des copains et mon frère dans le cortège Renault. Mon frère avait garé sa voiture pas loin de la fin de la manifestation et nous sommes rentrés à Billancourt où nous habitions.

Nous avons déposé ma femme et les copains et sommes partis chercher une place pour garer la voiture. Au moment où nous la quittons, une explosion due au changement de gaz de ville se produisit. Toute une vitrine s’écroulait sur la voiture. Le feu se déclara à l’intérieur de la boutique et nous entendions des cris. Entre-temps les copains avaient entendu l’explosion et prévenu la police et les pompiers. Alors que nous avions crié toute la journée « CRS-SS » nous étions en train d’aider les flics à sortir le blessé des décombres. Un flic a fait le constat pour la voiture de mon frère. Il manquait une aile à sa voiture, suite à un accrochage quelques semaines plus tôt et il n’avait pas eu le temps de la remplacer. Le flic a écrit sur le constat que l’aile avait été pulvérisée et que l’on ne la trouvait pas. Quelques mois plus tard, après la reprise du travail, l’aile lui a été remboursée.

Le 14, l’ambiance n’était pas au travail à l’usine. Les métallos de Sud Aviation occupaient leur établissement. Le 15, après un débrayage dans la matinée, les ouvriers de Cléon décidaient de ne pas reprendre le travail. Je reçois une convocation pour passer le CAP, de nouveau quai de Javel, le 16. Le soir, je vois un copain lycéen de Buffon et je lui demande : « Qu’est-ce que vous foutez ? On vous attend chez Renault. » Le 16, des bruits couraient que Cléon était en grève, suivi par Flins et Le Mans ; il ne manquait que Billancourt pour déclencher la grève générale. Je vais donc passer l’épreuve durant laquelle il y avait une drôle d’ambiance, car chez Citroën aussi des mouvements de grèves se produisaient.

L’occupation de l’usine de Billancourt

Arrivé chez moi, j’entends à la radio que Billancourt est occupé. Nous fonçons place Nationale. Effectivement, la porte est fermée et gardée par de jeunes grévistes. A ce moment-là, la CGT n’a pas encore mis la main sur la grève. Pendant ce temps mon copain de Buffon qui organisait des manifestations au Quartier Latin explique à Henri Weber (alors militant de la jeunesse communiste révolutionnaire) : « Tu sais, on nous attend chez Renault. » La manif compacte démarre immédiatement vers Billancourt et débarque place Nationale.

Comme je l’ai dit plus haut les portes étaient fermées. Donc pas de contact entre les étudiant-es et les grévistes. Commencent quelques discussions entre étudiant-es et les grévistes en haut du mur. Une fille demande : « Vous avez faim ? » Réponse « Oui ». « Alors, descendez un panier ! » Le panier commence à tourner parmi les étudiants et étudiantes, mais il est vite bloqué par des « gros bras » CGT. Les dirigeants du comité d’entreprise et de la CGT arrivent et Halbeher, le secrétaire du syndicat, s’empare du micro. Ils débitent un discours insultant pendant des heures, sur les gauchistes et autres anarchistes. Entre-temps un cordon de gros bras s’est formé devant la porte. A chaque fois qu’un étudiant ou une étudiante veut prendre la parole, il y a un dirigeant CGT-PC pour prendre le micro : Silvain, Certano et de nouveau Halbeher. Cela dura tard dans la nuit. Bien entendu lorsque le panier fut remonté il n’y avait rien dedans. Je fus témoin du blocage du panier, mais devant les gros bras, il n’y a pas grand-chose à faire. Les étudiant-es sont partis découragés, mais prêts à revenir, ce qu’ils et elles ont fait plusieurs fois.

L’occupation s’organise, les entrées sont contrôlées : seul-es les salarié-es de Renault munis d’une carte de gréviste fournie par les syndicats peuvent entrer occuper l’usine. Dans un premier temps, la CGT a refusé de me faire une carte de gréviste, la section des bureaux disait que j’appartenais au département 37 et la section du département 37 disait que j’étais dans les bureaux. En réalité, la CGT connaissait mes liens avec le milieu trotskiste et cherchait à m’évincer. Finalement, soutenu par mes jeunes collègues, j’ai imposé ma présence y compris pour les nuits d’occupation.

Le 27 mai, lors de la prise de parole de Frachon et Séguy, nous étions 20 000 (puisque c’est le chiffre officiel de la CGT) à huer sur leur décision de faire reprendre le travail avec l’accord qu’ils venaient de signer. Et par un revirement, ils ont fait croire qu’ils nous conseillaient de poursuivre la grève. L’après-midi du 27 mai, nous partons pour Charléty. Comme nous avions manifesté du côté des Gobelins, en fin de matinée, nous faisons du stop. Il n’y avait pas beaucoup de voitures, l’essence manquait, une voiture - une DS - s’arrête. Un peu surpris, nous montons et disons que nous allons à Charléty. « Vous avez raison », nous dit l’homme au volant, tandis que la femme assise à côté de lui nous pose des questions sur les événements. Cela me rappelle que pendant toute cette période de grèves, des discussions naissaient spontanément dans les rues, sur les marchés, etc.

Pendant les jours d’occupation, ma vie dans l’usine n’était pas facile. Il fallait que je sois toujours avec mes copains du bureau d’études, car dès que j’étais seul, les staliniens s’en prenaient à moi en disant haut et fort que j’étais un étudiant entré dans l’usine pour « foutre le bordel ». J’ai participé à l’occupation de l’usine malgré ce problème. Un soir, nous sommes descendus sur le bout de l’île Seguin (côté île Saint-Germain). Ayant travaillé au 37-60 je connaissais le passage pour descendre sur la pointe où il y a une dizaine de peupliers. La porte n’a pas beaucoup résisté. Nous avons passé la nuit à surveiller la Seine car des bruits avaient couru que les CRS prendraient l’usine par le fleuve. Heureusement que nous avions prévu des ponchos, car la nuit fut fraîche et nous n’avons pas vu de CRS ce jour-là. Avec mes jeunes collègues, nous préférions le Quartier Latin et les débats de rues, aux activités dirigées par la CGT-PC (concert de Jean Ferrat et autres tournois de ping-pong).

Changement de costume…

La grève allait vers la fin. Petit à petit les usines rouvraient, et chez Renault cela n’a pas été simple. Nous ne pouvions pas reprendre le travail dans les mêmes conditions qu’avant ! Aussi, avec quelques camarades, nous avons décidé de ne plus venir en portant le « costume » infligé aux mensuels. Finies la chemise blanche et la cravate, finie la blouse blanche. Nous avons donc décidé de venir le lundi suivant en polo. Cela a jeté un froid parmi les vieux réactionnaires et la hiérarchie, mais a fait boule de neige, sauf dans le secteur des motoristes.

…et fin du pointage

La deuxième chose que l’on voulait faire était d’arrêter le pointage. Une minute de retard et cela faisait un quart d’heure de paye qui sautait. Le même jour que les polos, nous n’avons pas pointé. Dans la matinée, après le moment de surprise des polos, on nous a fait remarquer que l’on n’avait pas pointé, et qu’il fallait faire une lettre pour régulariser la chose. Un camarade dessinateur et moi, nous sommes retrouvés porte-parole auprès de la direction locale pour dire qu’à partir de ce jour nous ne pointions plus. Panique générale, mais que font les syndicats ? Lucien Fontaine le délégué CGT du secteur, est appelé pour essayer de faire comprendre que cela ne se fait pas, qu’avant toute décision il doit y avoir négociation avec la direction, que l’idée de ne plus pointer est peut-être bonne, mais il faut en discuter et qu’en attendant il faut pointer. Loin d’accepter sa proposition, nous faisons de la propagande contre le pointage.

Je préviens ma belle-mère qui travaille à l’après-vente pour qu’elle lance l’idée chez elle. De même, j’en parle à mon frère qui est stagiaire au service métrologie afin qu’il propage ce qui se passe au BE. Bref, le lendemain, dans tous les services, nombreux sont ceux et celles qui ne pointent plus. Dans un premier temps, la direction annonce que les personnes qui n’ont pas pointé ne seront pas payées. Cela ne change rien, au contraire cela accentue le mouvement. Après quelques jours la direction propose aux organisations syndicales d’ouvrir la discussion sur ce problème. Les syndicats mettent en avant le paiement des heures de grève pour essayer de faire oublier la discussion sur le problème du pointage et demande que celui-ci reprenne. Peine perdue, ils sont bien obligés de l’accepter et, fin juin, le pointage est supprimé. Il n’aura fallu que quelques personnes bien décidées pour faire plier la direction et obliger les syndicats à prendre en compte le problème du pointage dans les revendications.

Jean-Pierre Guéguen – février 1999







Une réaction, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

SUD Renault 2016 - Tous droits réservés pour les textes et les images - plan du site