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Le 1er mai, quelle histoire !
Publié le 18 avril 2026 à 10h08 - Mis à jour le 18 avril 2026 à 22h15
Le 1er mai est marqué par des enjeux politiques et sociaux qui ont jalonné son histoire, comme le montre la polémique actuelle sur sa remise en cause comme un jour de repos obligatoire et payé aux salariés.
« 8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de repos »
L’histoire du 1er mai commence aux Etats-Unis. En 1884, la Federation of Organized Trades and Labor Unions (Fédération des syndicats et des organisations ouvrières) se donne comme objectif d’imposer la journée de 8 heures avant le 1er mai 1886, promettant une grève générale à cette date si la revendication n’était pas satisfaite. Le 1er mai est choisi car c’est un jour charnière appelé le « moving day » (le jour du déménagement). En effet, beaucoup d’entreprises américaines entament ce jour-là leur année comptable. Les ouvriers avaient donc souvent pour terme à leur contrat le 1er mai. Cela entamait une période de déménagement.
Le 1er mai 1886 est suivi par 340 000 grévistes. A Chicago, la grève se poursuit. La répression est violente. Le 3 mai, la police tire et fait trois morts parmi les grévistes. Le 4 mai, une bombe explose et tue un policier. Sept autres sont tués dans des affrontements avec les grévistes. Les arrestations pleuvent. Quatre syndicalistes anarchistes seront condamnés à mort sans preuve et pendus le 11 novembre 1887.
En 1889, la date est reprise par l’Internationale ouvrière (Deuxième Internationale) comme journée commune dans tous les pays autour de la même revendication des 8 heures de travail par jour pour un adulte. C’est une étape importante de la construction internationaliste du mouvement ouvrier.
Les premières manifestations et grèves du 1er mai ont lieu en France à partir de 1890. En 1891, alors que les ouvrières et ouvriers français manifestent pour la deuxième fois un 1er mai, une répression terrible s’abat sur les manifestants de la ville ouvrière de Fourmies, dans le Nord. Les patrons font tirer sur la manifestation. 10 personnes, dont deux enfants, sont ainsi assassinées. 35 sont blessées.
Le 1er mai s’impose ainsi comme une date anniversaire dans le mouvement ouvrier français et chaque année, les travailleurs et travailleuses sont appelés à la grève. La journée de 8 heures est instaurée en 1919. Les revendications se transforment, laissant place par exemple à la semaine de 40 heures. Lors des manifestations du 1er mai 1920, deux syndicalistes sont tués par la police de Paris. Les grèves se prolongent jusqu’au 21 mai. Les 1ers mai 1936 et 1937, années du Front populaire, voient des millions de grévistes et de manifestants partout en France.
D’un symbole à l’autre
En 1941, le régime de Vichy pervertit le 1er mai en en faisant la « fête du travail et de la Concorde sociale », mais aussi un moyen de fêter la Saint Philippe, prénom du maréchal Pétain, qui se fête alors le 1er mai (ce n’est qu’en 1955 que le pape Pie XII basculera la Saint Philippe le 3 mai et fera du 1er mai la Saint Joseph, patron des charpentiers). L’églantine rouge du mouvement ouvrier est alors remplacée par le muguet. En 1941, Philippe Pétain veut imiter Adolf Hitler qui, après avoir écrasé les syndicats allemands, fait du 1er mai un jour férié du « Travail national » en 1933, puis du « Peuple allemand » en 1934. Il s’agit alors de convertir les ouvriers au nazisme.
En réaction mais aussi en hommage au mouvement ouvrier, le 26 avril 1946, le gouvernement provisoire français reconnaît officiellement le caractère chômé du 1er mai. En 1948, il devient férié et chômé, c’est-à-dire qu’il y a une obligation de cessation de l’activité (ce qui n’est pas le cas pour les autres jours fériés) .
En 1954, le gouvernement de droite de Joseph Laniel interdit les manifestations du 1er mai et du 14 juillet, à la suite du massacre du 14 juillet 1953. Ce jour-là à Paris, la police tire sur le cortège du MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques) qui s’était associé à l’appel à manifester du Mouvement de la paix, et fait 7 morts parmi les Algériens qui manifestaient pour leur indépendance.
Les manifestations seront interdites pendant 14 ans. Elles reprennent le 1er mai 1968 qui voit d’imposants cortèges défiler en France à l’appel du PCF et de la CGT, troublés par la présence de groupes trotskistes, prochinois et anarchistes, comme un prélude au mouvement de mai 68.
Le 1er mai 2002, une manifestation à la fois syndicale et politique rassemble des millions de personnes dans toute la France, dont des centaines de milliers à Paris, contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle.
Le 1er mai 2023, l’intersyndicale décompte 2,3 millions de manifestants, dont 500 000 à Paris, contre la réforme des retraites reculant l’age de la retraite de 62 à 64 ans. Ce sera une des nombreuses journées d’action d’une profonde mobilisation qui dure de janvier à juin 2023.
Les revendications du 1er mai changent avec le temps. Il n’en demeure pas moins qu’elles restent essentielles, particulièrement dans la période actuelle de remise en cause d’un grand nombre d’acquis sociaux. C’est pourquoi il est important s’inscrire dans les pas du mouvement ouvrier et de continuer à manifester le 1er mai.
Avec le 8 mars (journée internationale de lutte pour les droits des femmes), elle est la seule journée où partout dans le monde on se rassemble autour du droit du travail.




